J'ai lu et j'ai eu la larme à l'oeil !
Extrait de "Alexandre et Momo le chevreuil" écrit par Michel Péna-Gilles et illustré par Marie-Claude Besson-Péna :
"... Alexandre appelle les chevreuils "Momo" parce qu'en automne, dans la forêt, quand les grands mâles appellent les femelles, ils font mooo…mooo...
... C'est ainsi que le jour fatidique est arrivé. Malgré les larmes d'Alexandre, papa a pris son gros et méchant fusil et il est parti. Alexandre a beaucoup prié pour que son papa ne tue rien, mais le petit Jésus ne l'a pas entendu.
– Papa a tué une maman Momo ! cria le garçon en pleurs.
– Ah ! fit maman, gênée. Tu l'as vu, il est de retour ?
– Non ! J'ai entendu le coup de fusil.
– Comment peux-tu être certain ? fit-elle d'une voix qui se voulait rassurante. Il y a beaucoup de chasseurs dans la forêt.
– J'en suis sûr ! J'en suis sûr ! hurla Alexandre en pleurant.
Maman essaya de le consoler mais en vain ! Le chagrin de son fils était beaucoup trop gros. En quittant la chambre, elle se dit qu'il était temps que Laurent ait une conversation avec son fils. Soit il réussissait à lui faire partager sa passion pour la chasse, soit l'an prochain il devrait aller tuer ailleurs. Cette situation devenait impossible ! Plus Alexandre grandissait et plus il haïssait la chasse, les chasseurs et du même coup, son propre père. Il fallait que Laurent le comprenne et accepte ce choix. Elle se mit, elle aussi, à prier pour qu'il n'ait rien tué.
Lorsque Laurent rentra à la maison, il faisait déjà nuit. Mais bizarrement, alors que les autres années la famille avait droit au récit de ses "exploits" dans les moindres détails, ce jour-là, il ne raconta rien ! Carine fut tellement surprise qu'à plusieurs reprises elle demanda :
– Ça va Laurent ? Tu es sûr que tout va bien ?
– Oui… oui ! grogna papa dans sa barbe et sans lever la tête de son assiette.
Papa était si bizarre, qu'Alexandre se demanda s'il avait tué quelque chose. Après le souper, il prétexta aller voir les poneys à l'écurie, et en profita pour passer par le hangar. Le crime avait bien été commis ! La maman Momo était là, pendue par les pieds à un crochet, le ventre ouvert, pleine de sang et la langue pendante. Les yeux pleins de larmes, Alexandre retourna à la maison. Avant de pénétrer dans la salle à manger, il s'essuya les yeux sur sa manche de veste. Si papa voyait qu'il avait pleuré, il devinerait qu'il n'était pas seulement allé voir les poneys. C'est alors qu'il entendit son père dire à maman :
– Ça faisait cinq ans que j'attendais d'avoir ce permis femelle et je ne sais pas quand j'aurais à nouveau cette chance, alors j'ai pas hésité une seconde, j'ai tiré. J'allais descendre de la cache quand j'ai entendu du bruit et là, devine ?
– Je ne sais pas, fit maman, impatiente de connaître la suite.
– Un faon ! Elle avait son petit avec elle et je ne l'avais pas vu. Si j'avais su… mais c'était trop tard. Il s'est approché de sa mère, l'a sentie puis, avec sa patte, l'a secouée comme pour dire : "Viens maman, viens jouer, ce n'est pas l'heure de dormir. Sans toi je vais me perdre dans la forêt. Comment vais-je faire pour retrouver mon chemin ? Qui va me tenir chaud ? Qui va me protéger des méchants chasseurs ? Qui va me défendre contre les loups ou les coyotes ? Je suis trop jeune, si tu n'es pas là, je vais mourir". Il était tellement désemparé, que j'ai dû faire de grands bruits et de grands gestes pour qu'il déguerpisse.
– Ne va pas raconter ça devant Alexandre, il est déjà assez malheureux. Il est dans un tel état, je suis certaine qu'il va faire des cauchemars. C'est un enfant sensible et nous ne sommes pas sans argent au point d'attendre que tu aies tué un chevreuil pour manger de la viande. Il nous en reste de l'an dernier, au congélateur. Penses-tu que le faon va pouvoir survivre sans sa mère avec le froid qui arrive ?
– Franchement ? Je n'en sais rien ! Il m'a paru si vulnérable sur ses longues et fines jambes. Ça dépendra de la rigueur de l'hiver et s'il trouve une harde qui veuille bien l'accepter.
S'imaginant sans maman, Alexandre se mit à pleurer. Sans maman, la vie ne serait pas possible, moi aussi je serais très triste. Mais voilà ! Il ne parlait pas la langue des chevreuils. Comment expliquer au jeune Momo ? Comment lui dire qu'il n'avait rien pu faire pour retenir son papa ? Va-t'en ! pensa-t-il très fort. Va-t'en ! Ta maman n'est pas là, tu te trompes. Elle est dans la forêt, elle te cherche. Maintenant, Momo grattait la porte. Il était inutile de lui raconter des histoires, il savait que sa maman était dans le hangar..."
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